Willie Robinson, un américain à Clermont
Fraichement débarqué à Clermont-Ferrand pour occuper le poste de directeur technique de l’équipe des Servals, l’américain Willie Robinson a de grandes ambitions pour le club de Football Américain auvergnat. Il nous raconte ici son parcours et sa vision des choses. Interview.

Un mot sur votre parcours ... Comment avez-vous commencé votre carrière comme joueur puis comme entraîneur ?
J’ai 34 ans. Je suis né à Washington DC. J’ai commencé le football à l’âge de 6 ans. Quand j’étais enfant, ma famille n’avait pas beaucoup d’argent et je priais Dieu tous les jours pour leur offrir une vie meilleure. Tous mes héros étaient des stars de la NFL (NDR : la ligue nationale de football américain aux Etats-Unis), j’étais fan des Redskins de Washington, et j’ai toujours pensé que ce sport était le meilleur moyen pour moi d’aider ma famille.
J’ai toujours considéré le football comme un don. C’était naturel, je n’ai jamais eu besoin d’y penser ou de chercher la motivation, c’était en moi. C’était l’époque de légendes comme Dexter Manley et Darell Green (NDR : deux joueurs de l’équipe des Redskins de Washington), je voulais juste essayer de jouer comme ceux que je voyais à la télévision. En jouant au football, je me sentais complètement libre, tout était parfait, j’étais bon parce que je réalisais mon rêve.
Ma carrière de coach a commencé en 2003 quand je suis venu en Europe avec les Dolphins d’Ancône (NDR une équipe italienne de Football US). J’étais à la fois coach et joueur, j’entrainais les défenseurs. J’ai véritablement entamé ma carrière de coach avec l’équipe des Templiers d’Elancourt (NDR : une équipe française de Football US). En 2007, avec 105 plaquages en 9 matches, j’ai battu le record européen, mais malgré cette performance, nous n’avons gagné que 2 matches. À la fin de la saison, j’ai décidé qu’il était temps que je consacre plus de temps à entraîner mon équipe.
À l’inter saison, je suis revenu aux Etats-Unis pour passer du temps avec Jonas Jackson, l’ex entraineur en chef des Templiers, qui était alors le coordinateur défensif de l’équipe de l’Université de La Salle, en Pennsylvanie.
J’ai observé le pack défensif des Ravens de Baltimore et la stratégie de défense de Bill Belliceks (NDR l’entraineur des Patriotes de Nouvelle Angleterre). En mariant ces techniques avec ma propre expérience, j’ai développé un système de défense avec mon meilleur ami Perez Mattison, que j’ai appelé « The Matrix ».
Avant d’arriver à Clermont-Ferrand, vous étiez coach assistant de l’équipe de France. Comment est née cette relation particulière avec notre pays ?
Le temps que j’ai passé avec l’équipe de France a été très fructueux. J’ai beaucoup appris aux côtés des coachs de l’équipe nationale. Être assis aux côtés de Larry Legault (NDR : l’actuel entraineur de l’équipe de France), Stephen Murat (NDR : l’entraineur des Cannoniers de Toulon), Julien Granier (NDR : l’entraineur des Argonautes d’Aix en Provence), Manu Maguet (NDR : l’entraineur des Kangourous de Pessac) m’a vraiment permis de comprendre ce que le coaching voulait dire. Je leur ai donné mon énergie, ils m’ont donné leur savoir.
Durant cette période, je suis devenu fier de revendiquer la culture française. Aujourd’hui, lorsque j’entends la marseillaise, je ressens une grande émotion. En voyant les joueurs chanter et se tenir par la main, je ressens la fierté d’être français.

Comment s’est passée la rencontre avec les Servals de Clermont ?
Je revenais du Nigéria avec Jack Reed de la fédération internationale de Football Américain, où je devais entrainer une équipe nationale junior du Nigéria pour les championnats du monde. Comme le projet a été décalé, je suis retourné en Floride pour aider ma compagne Ieva Sulskyte à préparer son retour au basket professionnel avec l’équipe de Roanne.
J’ai ensuite reçu un email d’Elitefoot.com (NDR : le site de référence du football américain en France) qui me demandait où en était ma carrière et quels étaient mes projets. Je leur ai répondu que j’entrainais l’équipe de l’Université de West Virginia, mais qu’il y avait une chance que je revienne en France pour soutenir ma compagne. Une semaine plus tard, je recevais des propositions de tous les grands clubs de la région.
Je n’avais pas prévu de revenir si rapidement dans le circuit du football US en France, mais Nicolas Roch, le président des Servals, m’a convaincu du contraire. J’ai été très impressionné par son organisation, son honnêteté et son désir de trouver un arrangement avec moi. J’ai beaucoup de respect pour Nicolas.
Quels sont vos objectifs en tant que directeur technique des Servals ?
Mon objectif est d’apporter aux joueurs et aux personnes impliquées dans l’organisation du club une véritable culture du football américain. Quand je quitterai ma fonction, je souhaite que les membres du club en sachent un peu plus sur ce sport que j’aime.
Je veux développer des partenariats pour que les joueurs et les entraineurs aient l’opportunité d’aller jouer aux Etats-Unis. En ce moment j’essaye de permettre à Franck Bozec et Etienne Roudel (respectivement quaterback et linebacker de l’équipe junior des Servals) de faire ce voyage. Ils en ont largement les capacités.
J’ai rencontré plusieurs entraineurs américains à San Antonio qui sont motivés pour venir en France donner des cours de coaching aux entraineurs. J’aimerais aussi que les entraineurs clermontois traversent l’Atlantique pour étudier le jeu pendant une semaine ou deux. Anthony Tademy, le coach de l’Université Chrétienne du Texas nous a déjà envoyé une invitation. Il faut maintenant que cela se réalise.
J’alimente également la bibliothèque des Servals avec des vidéos, des livres, des documents audio et des informations pertinentes pour améliorer leur culture du sport. Tous les ouvrages seront accessibles en ligne. Ce projet devrait être lancé avant la fin février.
J’aimerais offrir aux joueurs un horizon qui les fassent rêver, un désir de franchir les obstacles et une attitude d’exigence avec eux-mêmes. Je voudrais insuffler une culture de la gagne. Enfin, j’aimerais que Clermont-Ferrand devienne la capitale du Football Américain, pas seulement en France, mais en Europe.
Qu’est-ce-qui manque aux joueurs français par rapport aux joueurs américains ?
Je pense que physiquement, il ne manque rien aux français. Ce qui leur fait défaut, ce sont plutôt des modèles de joueurs de haut niveau auxquels ils puissent s’identifier.
Mais ce qui manque le plus aux français, c’est une culture de ce sport et un soutien financier des pouvoirs publics. Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’aux Etats-Unis, le football américain fait partie intégrante de la vie des gens.
La mentalité américaine ne considère pas le football comme un sport mais comme un privilège réservé à certaines personnes. Par exemple les quaterbacks sont choisis pour leurs qualités de leader, leader d’une équipe, d’une organisation, sans compter leurs capacités de jeu. Les joueurs baignent dans cette culture depuis leur plus jeune âge.

Pensez-vous que le public français commence à s’intéresser à ce sport ?
Je crois qu’avec la mondialisation et l’accès à l’information via Internet, le public français est de plus en plus intéressé par le Football Américain.
Comparé à d’autres sports, le Football Américain est plus accessible. Dans le soccer (NDR : ce que nous appelons football, les américains l’appellent soccer), les joueurs ont un gabarit particulier, et doivent être exceptionnellement doués. Au rugby, le joueur doit non seulement avoir une certaine carrure, mais il doit aussi savoir courir. C’est la même chose pour le basket : il faut pouvoir courir, sauter et shooter. Il n’y a que dans le Football Américain qu’il y a de la place pour les grands, les petits et les moyens.
Le récent succès des équipes de France junior et sénior dans les compétitions internationales sont aussi un signe que le public français s’intéresse de plus en plus à ce sport !
Si vous deviez nous donner trois bonnes raisons de supporter les Servals, quelles seraient-elles ?
- Si vous aimez les histoires d’outsiders qui accomplissent de grandes choses, alors celle des Servals va vous inspirer et vous démontrera que tout est possible à condition de rechercher l’excellence.
- Si vous vous intéressez à l’Histoire et que vous êtes un vrai patriote, vous aurez l’impression de revivre les grandes batailles napoléoniennes à travers les matchs des Servals.
- En 10 ans d’expérience dans le football américain en Europe, je n’ai jamais vu ailleurs qu’à Clermont, un tel niveau d’engagement de la part des joueurs aussi bien pour apprendre que pour s’entrainer.
